Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

« Cher Michel… Cher Bernard-Henri »

Livres, par Michel VAGNER, pour L'Est Républicain

 « Cher Michel... Cher Bernard-Henri »Parce qu’ils s’estiment méprisés, l’un et l’autre, l’auteur des « Particules élémentaires » et le philosophe ont entretenu pendant six mois une correspondance. Fallait-il en faire un livre ?

Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy. Le prolétaire, fils d’un moniteur de ski (qui a eu VGE comme client) et le grand bourgeois, enfant d’un chef d’entreprise. Le sarkozyste et l’ami de Ségolène Royal. L’écrivain mondialement célèbre des « Particules élémentaires » et le philosophe qui a ses entrées à CNN… Quelle paranoïa les saisit de se prétendre « ennemis publics » ? Il y a des pestiférés qui n’ont pas leur audience, des bannis qui se damneraient pour avoir cette couverture médiatique. C’est tout le paradoxe de ce livre écrit à quatre mains, lancé à grand fracas, où les deux stars se couvrent de cendres pour mieux renaître en phénix d’un monde qui ne cesserait de les stigmatiser. «Nous avons l’un comme l’autre recherché avec persévérance les jouissances de l’abjection, de l’humiliation, du ridicule ; et le moins qu’on puisse dire est que nous avons remarquablement réussi », constate Houellebecq. « Je suis attaqué comme peu d’écrivains le sont. J’ai droit, pour chacun de mes livres, à une quantité d’injures qui en démoraliserait plus d’un », se plaint BHL, qui, avec son complice, trustent depuis une semaine presse, radio et télévision (après le journal télévisé de France 2 dimanche, une spéciale, vendredi, du « Café littéraire » de Daniel Picouly, entre autres) Belle performance pour des mal aimés! Leur livre, heureusement, n’est pas qu’une longue plainte même si leur complaisance à se dire victimes de la «meute » finit par lasser. Il y a dans ces échanges, par courriel, quelques morceaux de bravoure, davantage du côté de BHL que de MH d’ailleurs. Le premier vole haut, le second au ras des pâquerettes quand il compare les vilains journalistes qui ne l’apprécient pas à des ténias. Amputé de ces règlements de compte, l’ouvrage aurait été réduit d’un tiers mais aurait gagné en intérêt. Houellebecq et Lévy savent être passionnants quand ils évoquent leur enfance, leurs parents – l’image du père totalement à l’opposé l’une de l’autre et également bouleversante – leurs croyances, leurs engagements, leurs amours, leur philosophie de la vie. Débarrassées de tout geignement, ces pages-là sont admirables.

• « Ennemis publics », Flammarion/Grasset, 332 pages, 20 € .

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